En mai, fais-toi du bien. – Édito NL#22

De retour du Sud-Ouest, j’offre à mes parents un sachet de pruneaux d’Agen. Il n’y a rien à dire, ils sont parfaits. Moelleux, sucrés, la chair se détache du noyau avec suffisamment de difficulté pour me rendre impatiente et suffisamment de facilité pour m’éviter la frustration. J’alterne cuillère de yaourt maison et pruneau bien mûr. Je jubile. J’en mange 2, 3, 4… Puis au moment où mes doigts se posent sur le 5ème, je m’écoute penser. « Allez, un 5ème, c’est si bon. Ce n’est rien. Juste un fruit, un peu de sucre, et après tout, ça ne fera aucune différence. » J’hésite.

Je me sens concernée par la confusion générale entre plaisir et bonheur. On me dit que ma génération a eu la chance d’avoir plus d’opportunités, pour voyager, pour étudier, pour se réaliser… Et par conséquent, la tendance à se sentir habilitée à faire ce qu’elle souhaite, quand elle le souhaite. Parfois avec une fougue inconsciente qui peut lui porter préjudice, parfois avec un sentiment grisant de liberté qui mène vers des réalisations nourricières pour donner une direction à sa vie. Quelle chance pour certains, d’oser ! Découvrir de nouvelles facettes de Soi, se tester, se perdre, se retrouver… Une vraie aventure qui peut aller de pair avec la naissance d’un mal du siècle : la Yolo-isation. You only live once, quoi ! Mais Carpe diem ≠ YOLO (Horace doit se retourner dans sa tombe).

Répondre systématiquement à nos désirs de façon inconsciente, c’est en devenir esclave.

C’est devenir paresseux, perdre le goût de l’effort et procrastiner à n’en plus finir. Et ne plus savoir distinguer bonheur et plaisir. L’un ne dure pas, l’autre peut mener à un état. Le premier est souvent égoïste, le second rayonne, se partage de lui-même. La sagesse, c’est l’équilibre, et commencer par ne pas se resservir une quatrième fois du gâteau au chocolat. Pas pour se priver, pour être plus fort, pour l’auto-discipline, pour montrer l’exemple, non. Sinon on se punit, on ajoute une règle de plus, on se juge, on se haït. On prend les choses trop au sérieux, on nie sa nature humaine. Éteindre après le 2ème épisode sur Netflix, ne plus cueillir toutes les roses mais n’en choisir qu’une, apporter ses chaussures chez un cordonnier plutôt que remplir des wishlists, mais par Amour. Pour l’environnement, par amour pour son corps, par amour de l’Autre. Pour se faire du bien, à soi, à ses proches, à la Planète, au Soi. Pour approcher d’un peu plus près le bonheur, solide, durable et profond.

J’ai reposé le 5ème pruneau. Mais je me suis léché les doigts.

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